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Tu suivras la voie lumineuse des Jedi

publié le 11 avril 2017 (modifié le 24 avril 2017)

Tu suivras la voie lumineuse des Jedi

« Je m’appelle Famir Sak’kla, et j’ai été jadis un Padawan de l’Ordre Jedi. Je suis originaire de Caamas, une planète pacifique qui fut réduite en cendres sur ordre de l’Empereur Palpatine. Je n’ai pas vraiment connu mon monde natal avant ce désastre, car j’ai été emmené sur Coruscant pour y suivre l’enseignement des Jedi alors que je n’étais encore qu’un bambin. C’est ainsi que le Temple Jedi devint ma nouvelle maison. Je fus assigné au Clan Bergruufta, que les mauvaises langues appelaient le « clan des faibles » ou « clan des inutiles », car les qualités de ses membres n’étaient pas aussi flagrantes que celles des guerriers du Clan de l’Ours ou des intellectuels du clan Heliost. Nos maîtres nous disaient que nous avions des qualités de cœur et une pureté d’âme hors du commun. C’était une bien piètre consolation pour des enfants comme nous, qui étaient quotidiennement la cible de quolibets ou d’humiliations de la part de leurs camarades.

Les règles de vie étaient très strictes au Temple. L’heure de lever, la tenue vestimentaire, la manière de saluer : tout était codifié, imposé. Les entraînements étaient éreintants, et les maîtres très exigeants, mais nous ne nous plaignions jamais. On nous avait bien expliqué que nous étions des êtres hors du commun, sélectionnés parmi des milliards, et que nous aurions l’honneur de devenir un jour des Chevaliers Jedi, si nous travaillions assez. Nous avions la chance de côtoyer des légendes vivantes, comme les Maîtres Yoda et Mace Windu, ou encore Obi-Wan Kenobi, qui avait vaincu un Seigneur des Sith en combat singulier. Les bibliothèques regorgeaient de récits contant les prouesses de nos aînés, et nous essayions de nous montrer dignes de cet héritage.

J’étais un élève moyen, et je devais travailler durement pour parvenir à suivre le rythme effréné des cours, qui s’enchaînaient sans nous laisser le moindre répit. Quand vint le temps des épreuves des Initiés, à l’issue desquelles nous pouvions accéder au rang de Padawan, ou être tout simplement exclus du Temple, j’étais tétanisé. Je crois que j’avais trop entendu les autres apprentis parler des redoutables épreuves que devaient subir les Padawan pour devenir Chevaliers. Certains d’entre eux avaient été gravement brûlés au cours de l’Epreuve de la Chair, qui était tout simplement une séance de torture, ou avaient perdu un membre pendant un combat inégal au sabre-laser. Déstabilisé de la sorte, j’échouai à la plupart des épreuves.

Heureusement, le Conseil m’octroya une seconde chance, et je pus rester au Temple pour repasser les épreuves l’année suivante. Ayant énormément travaillé sur le contrôle de moi-même, je parvins à rester concentré, et réussit les épreuves que j’appréhendais tant. D’autres Initiés n’eurent pas cette chance, et je dus faire mes adieux à plusieurs camarades en pleurs. Les malheureux allaient être renvoyés du Temple. Pour la seconde fois de leur courte existence, ils allaient devoir tout quitter, et rompre les liens de fraternité qui nous unissaient, pour retourner vivre sur le sol d’où ils avaient été déracinés une décennie plus tôt. Ils seraient alors considérés comme des étrangers sur leur planète natale, et dans leur propre famille. Ce traumatisme donnerait à leur échec un goût encore plus amer. Certains ne s’en remettraient jamais.

Pour ma part, il me restait à trouver un Maître. Ou plutôt, un Jedi devait voir en moi un apprenti suffisamment prometteur à ses yeux pour me choisir comme Padawan. C’est ce qui arriva finalement : le Chevalier Khor-Na-Dang se présenta un jour devant moi en me proposant son enseignement. Je ne le connaissais pas, mais je m’empressai d’accepter, et c’est ainsi que, dans les pas de mon nouveau Maître, je quittai Coruscant pour la première fois depuis mon arrivée au Temple, onze ans auparavant.

Khor-Na-Dang faisait partie d’une escadrille de pilotes Jedi, qui patrouillait aux confins de la galaxie. Je pense que cette vie loin de la civilisation commençait à lui peser. Les plaisirs étaient rares pour les Jedi, et encore davantage pour ces arpenteurs du vide sidéral. Mais ce n’était pas l’ennui qui avait poussé Khor-Na-Dang à choisir un Padawan. Je suis intimement convaincu que sa principale motivation était l’ambition de devenir un Maître Jedi. Et pour être Maître, il fallait former un apprenti. Notre association, loin d’être un coup de cœur, était donc plutôt un mariage de raison. Au demeurant, je n’allais pas tarder à découvrir que nous avions très peu d’affinités. Khor-Na-Dang était solitaire et taciturne. Je n’étais pas particulièrement enjoué non plus, et nous passâmes de nombreuses veillées silencieuses, à méditer chacun de notre côté.

Khor-Na-Dang n’était ni un mystique ni un moralisateur. Son enseignement était à la fois concret et pragmatique. J’appréciais tout particulièrement sa formation au pilotage de chasseurs, et sa connaissance de la galaxie. Il m’enseigna aussi l’astrogation sans instruments, juste en sondant la Force. Ce fut pour moi une véritable révélation, et je crois que j’aurais aimé devenir un Pilote Jedi comme lui. Mais en dehors de ces compétences, mon Maître n’était pas un guide, et notre relation, quoi que très cordiale, n’avait aucun caractère empathique ou fusionnel. Si Khor-Na-Dang avait été expert dans l’examen des âmes, il aurait compris que je me posais beaucoup de questions sur mon avenir et ma mission.

De mon côté, j’avais développé de grandes affinités dans ce domaine. Par exemple, je discernais aisément l’attirance que mon Maître éprouvait pour une femme que nous croisions régulièrement. Khor-Na-Dang avait décidé de dispenser sa formation au pilotage à partir de la planète Wrea, à proximité d’une ceinture d’astéroïdes qui constituait un excellent terrain d’entraînement. Mais je sais que la raison qui se cachait derrière le choix de ce lieu était la présence de la belle Xialan, qui dirigeait une immense ferme robotisée, où nous allions souvent nous ravitailler. Cette femme avait un passé trouble : contrebande ou synthèse de substances prohibées, je n’ai jamais su exactement.

Bien sûr, Khor-Na-Dang ne s’affichait pas ouvertement avec elle. Je ne sais pas si cette réserve était due à ma présence, ou au pur respect d’un des préceptes fondamentaux de l’Ordre : « Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité ». Le mariage et les relations charnelles étaient interdits par le Code des Jedi. Les Chevaliers devaient demeurer célibataires. Ils ne devaient pas non plus s’attacher à une autre personne. Je sais que ce principe n’était pas respecté par tous. Et comment leur en vouloir ? Est-il naturel de se passer d’amour et de tendresse ? Un Jedi solitaire, luttant contre son feu intérieur, est-il plus efficace qu’un Jedi uni avec une autre créature ? Les soldats ont bien le droit de se marier puis de partir combattre à l’autre bout de la galaxie. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les Jedi ? Je ne comprenais pas cette règle à l’époque, et je ne la comprends toujours pas. Je devinais qu’elle était une source de souffrance pour de nombreux Jedi, obligés de cacher ou réfréner leurs sentiments. Mon Maître était l’un de ceux-là.

A l’issue de mon apprentissage accéléré du pilotage, nous dûmes quitter la planète Wrea pour nous rendre dans l’Amas de Tion, où les séparatistes de la Confédération des Systèmes Indépendants commençaient à intriguer. La République craignait qu’une flotte ennemie ne se rassemble dans ce secteur afin de s’emparer des mondes de Tion. Mon Maître et les autres membres de son escadrille étaient chargés de quadriller toute la zone à la recherche de cette armada fantôme.

La guerre venait d’être déclarée, et mon Maître fulminait contre les chefs de l’Ordre, qui suivaient aveuglément la République en s’engageant dans ce conflit. Khor-Na-Dang exprimait tout haut sa défiance envers le Sénat. Il critiquait les sénateurs, qui vivaient dans l’opulence sur Coruscant alors que leur planète croulait sous la misère. « La République est gangrénée par la corruption, disait-il, et cette guerre tombe à point nommé pour focaliser l’attention et la haine du peuple sur un ennemi extérieur, et ainsi occulter le fait que l’intérieur du fruit est pourri ! ».

Peu après, mon Maître fut nommé commandant d’un escadron de chasseurs. Les autres pilotes étaient des clones inexpérimentés, qu’il fallait emmener au combat contre la flotte séparatiste. A cette occasion, un chasseur ARC-170 me fut affecté personnellement. C’était la première fois que j’avais mon propre vaisseau. Je prenais cela pour une marque de confiance et une reconnaissance des progrès que j’avais fait en pilotage. Avec le recul, je me dis que j’étais seulement un combattant de plus. Un soldat que la République pouvait sacrifier sans remords dans cette guerre absurde. Quel qu’ait été leur âge, les Padawan ne furent pas épargnés ou préservés. Des centaines d’entre eux trouvèrent la mort au cours de la Guerre des Clones. A votre avis, une société qui envoie des enfants au front, fussent-ils apprentis Jedi, est-elle une société évoluée ? Pour ma part je crains que non.

A l’occasion d’une escale sur la planète Desevro survint un événement qui allait marquer ma vie à jamais. Nos chasseurs étaient stationnés à proximité d’un village du peuple Saheelindeeli – des humanoïdes au corps simiesque et à tête féline, vivant en société matriarcale. Je ressentis, au contact d’un des jeunes du village, une curieuse impression, comme un signal dans la Force. Je m’en ouvris à mon Maître, qui me répondit que j’avais peut-être détecté un être sensible à la force. Il le vérifia dès le lendemain grâce à une prise de sang dont le verdict fut sans appel : le jeune Saheelindeeli avait un taux de midi-chloriens étonnamment élevé. Autrement dit, il ferait un excellent Initié Jedi.

D’abord fier de ma découverte, je déchantai rapidement quand mon Maître m’annonça que nous devions emmener l’enfant immédiatement à Coruscant. Je n’imaginais que trop bien le traumatisme que causerait cette séparation, aussi bien à l’enfant qu’à ses parents. J’entrepris donc de dissuader Khor-Na-Dang d’arracher le jeune garçon à sa famille. Je lui rappelai que les Saheelindeelis avaient une espérance de vie relativement courte, à peine quarante ans, ce qui rendait la longue formation dispensée par l’Ordre peu rentable : un Jedi de cette race pourrait exercer au maximum une vingtaine d’années. Je rappelai à mon Maître son devoir de commandant d’escadron, et la menace séparatiste toute proche. Mais rien n’y fit. Mon mentor avait décidé de ramener l’enfant au temple. Sourd à mes protestations, il partit à la recherche des parents, et leur annonça sans aucun tact que leur fils appartenait maintenant à l’ordre Jedi en vertu des lois de la République, et qu’il devait l’emmener dans les mondes du Noyau. L’incompréhension des parents fit rapidement place à de la colère, puis de l’agressivité, quand ils comprirent de quoi il retournait. Le village s’assembla bientôt autour de nous, et je compris que la situation risquait de dégénérer.

Je ne connaissais pas leur langue, et il m’était difficile d’intervenir pour rétablir le calme. Khor-Na-Dang sortit son sabre-laser et l’alluma, tout en prenant le garçon par la main. Impressionnés, les indigènes reculèrent d’un pas, mais l’un d’eux se jeta sur l’enfant pour tenter de le soustraire à mon Maître. Avec horreur, je vis ce dernier lui trancher le bras d’un geste rapide et se remettre en garde. Deux autres Saheelindeelis approchèrent d’un air menaçant, en demandant à mon Maître de libérer le garçon. Pour toute réponse, Khor-Na-Dang fit tournoyer son sabre-laser pour se frayer un chemin à travers la foule, en direction de nos vaisseaux. Il m’ordonna d’emmener l’enfant pendant qu’il retenait les villageois.

Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris ce jour-là. Désobéissant à mon Maître, je pris la main de l’enfant, mais pour l’emmener au cœur de la foule, vers ses parents. Pris au dépourvu, Khor-Na-Dang se contenta de me traiter de traître, et il battit en retraite jusqu’aux vaisseaux. Un moment, je craignis qu’il ne revînt avec les clones de notre escadron, pour reprendre l’enfant de force, mais il n’en fit rien.

Je chassai mes émotions, fis la paix en moi, et méditai longuement sur l’initiative que je venais de prendre. Je pouvais encore faire machine arrière. Je savais que mon Maître m’attendrait, et pourrait probablement me pardonner mon insubordination, si je faisais amende honorable. Mais durant ces heures de solitude, tous les travers de cette condition de Jedi, qui m’avait été imposée, resurgirent et s’imposèrent à mon esprit. Je ne voulais pas enlever d’enfants à leurs parents. Je ne voulais pas faire la guerre. Je désirais ardemment avoir une famille. Et plus que tout, j’aspirais à être libre.

Quand je sortis de ma méditation, j’avais pris une décision : je ne serais pas Jedi.

Je retournai vers mon ancien Maître pour lui annoncer ma décision. Il me dit que j’étais dans l’erreur, que j’étais submergé par l’émotion, et il essaya de me persuader de reprendre ma place de Padawan. Mais nous suivions déjà deux voies bien différentes. Je m’en tins à ma résolution, et lui fit mes adieux. Je demeurai sur Desevro auprès des Saheelindeelis quelques mois, tandis que mon Maître repartit à la tête de son escadron. Il mourut un an plus tard, comme quasiment tous les Jedi.

Vous pouvez penser que j’ai agi par couardise, et que j’avais peur de mourir. C’est sûrement en partie vrai. Pour ma part, je pense que je n’étais pas fait pour cette existence. Ou plutôt, je m’étais fait une autre image de ce que devait être un Jedi, et je n’adhérais pas aux règles imposées par l’Ordre. Un être sensible à la Force doit choisir lui-même cette voie, s’il le souhaite. Personne ne doit l’y contraindre. Il doit pouvoir fonder une famille en parallèle, et rester libre de quitter l’Ordre s’il ne veut plus, ou ne peut plus, assumer sa fonction. Il doit être guidé par la volonté de servir les autres et d’assurer la paix dans la galaxie, pas par la conviction d’être un être supérieur. Il doit conseiller les dirigeants de la République, au lieu de suivre les décisions du Sénat aveuglément. Si toutes ces conditions sont respectées, le renouveau des Jedi est possible, sur de nouvelles bases, plus saines. Tout comme la Nouvelle République a su se régénérer, en laissant de côté les nombreux travers qui avaient conduit la Vieille République à sa perte. »

* * *

Tandis que les élèves quittaient la salle, Luke Skywalker et Kam Solusar, qui jusque-là se tenaient en retrait au dernier rang, s’approchèrent de Famir Sak’kla.
« Je n’ai pas été trop dur envers l’ancien Ordre Jedi ?, demanda l’orateur.
– Non, tu as été parfait, répondit Kam Solusar.
– Nos apprentis doivent connaître l’histoire de l’Ordre, pour savoir quels dangers éviter, renchérit Luke Skywalker. Je veux qu’ils comprennent les différences entre la nouvelle Académie et l’ancien système, afin de ne pas reproduire les erreurs du passé. J’espère qu’un jour, ce seront eux qui dispenseront un enseignement à leurs propres disciples, et je veux qu’ils sachent clairement quelle voie emprunter. »

Comment quelques dizaines de Jedi pourraient-ils réussir à maintenir la paix là où dix milles avaient échoué ? se demanda l’ancien Padawan. Peut-être tout simplement en étant libres, justes, et humbles. C’est-à-dire en suivant la voie lumineuse que les Jedi n’auraient jamais dû quitter.

La Force est avec vous, jeunes gens, laissez-la vous guider, et faites-en bon usage !