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Les Beornides

publié le 1er septembre 2015 (modifié le 21 février 2017)

Les Beornides


Le texte qui suit est un extrait des Récits de voyage de Bard III, roi de Dale, qui vécut en Terre du Milieu au début du Quatrième Age.

[...]

Et c’est ainsi que je ressentis l’envie de traverser la forêt d’Eryn Lasgalen, qui s’appelait encore Mirkwood du temps de nos glorieux aînés.

Les préparatifs achevés, je me mis en route. Ce fut un voyage agréable et sans histoire, avec juste une courte étape dans les cavernes de Thranduil. Je voyageais seul alors, car les routes étaient très sûres, et, de surcroît, je m’estimais capable de faire face à tous les dangers que je pensais pouvoir rencontrer.

Mais un soir, alors que je bivouaquais non loin de la lisière occidentale de la forêt, j’entendis des cris et des bruits de bataille à quelque distance. M’approchant le plus silencieusement possible, je vis, de derrière un arbre, la scène suivante.

Dans une clairière, un groupe de bûcherons (j’en dénombrai six, mais seulement quatre étaient encore en état de combattre) avait maille à partir avec huit Orques. Malgré une vaillante résistance de leur part, les bûcherons semblaient avoir le dessous. Mon sang ne fit qu’un tour : je me précipitai l’épée au poing au cri de « Dale ! Dale contre les Orques ! » L’un des Orques tomba raide avant même d’avoir compris ce qui lui arrivait, mais les autres eurent le temps de se ressaisir. Le combat menaçait de s’éterniser, lorsque survint un événement inattendu et qui allait avoir une grande importance pour le reste de ma vie.

Un énorme ours brun, haut de près de trois mètres, fit irruption dans la clairière, précédé de ses terrifiants grognements. En deux revers de ses pattes griffues, il éventra deux Orques. Avec un tel renfort, le reste du combat fut bref.

Il était temps : il ne restait plus que deux forestiers vivants. C’est alors que j’éprouvai un grand choc : regardant vers l’ours, je le vis subitement se transformer en un grand homme (environ 1 m 95) à la barbe et à la chevelure très développées. Stupéfait, j’eus l’impression d’être rattrapé par l’histoire. Je ne pus qu’articuler : « B... Beorn ? ! » Les récits de la fameuse Bataille des Cinq Armées me venaient à l’esprit et je croyais réellement me trouver face à Beorn, le légendaire homme-ours.

Il éclata alors d’un rire tonitruant et dit : « Au lieu de débiter des sornettes, allons plutôt nous occuper des blessés ! » ; cependant, à son regard et à son intention, je devinai que je venais de me faire un ami.

Après avoir administré les soins d’urgence, nous entreprîmes, avec l’aide des forestiers encore valides, de rapatrier les blessés chez eux.

Rapidement, nous engageâmes la conversation. C’est ainsi que j’appris qu’il se nommait Barandorn, du peuple des Beornides, descendant en droite ligne de Beorn l’ancien. Devant ma curiosité pour ce peuple qui m’était pour ainsi dire inconnu, Barandorn accepta de répondre à mes questions :

« Notre peuple, me dit-il, s’organise de la façon suivante : nous vivons assez dispersés sur tout notre domaine, qui s’étend le long du val d’Anduin, entre les abords du mont Gundabad au nord et le gué de Carrock au sud. Nous sommes un peuple peu nombreux, c’est pourquoi nous n’avons pas de village et vivons apparemment séparés les uns des autres. De toute façon, la majeure partie d’entre nous a le goût de la solitude et vit isolée (ou parfois en couple) avec quelques animaux domestiques, à tel point que certains nous prennent pour des sauvages.
– Mais pourquoi donc êtes-vous si peu nombreux, vous qui vivez ainsi à l’écart des troubles de notre époque ?
– Le problème vient du fait que nous avons très peu de femmes. De plus, celles-ci ne mettent jamais plus de deux enfants au monde au cours de leur vie. Or nous n’avons en moyenne qu’une fille pour trois ou quatre garçons. De plus, Nous ne nous tenons pas si à l’écart que cela, comme vous pourrez le constater si vous passez dans mon manoir.
– Et si vous vivez seul, repris-je, qui garde le domaine pendant vos absences ?
– Oh ! Pour ça, ne vous en faites pas : nos domaines sont bien défendus par nos animaux apprivoisés. Pour défendre le mien, je dispose de quelques chevaux et de quelques chiens, ainsi que d’une ruche, qui renferme, j’ai la fierté de le dire, les plus grosses abeilles de la région. Tous ces animaux sont dressés pour chasser tout intrus en mon absence, ou pour m’avertir que des inconnus approchent si je suis chez moi. De plus, en cas de besoin, nous pouvons communiquer avec tout notre peuple grâce au Waildyth, un langage en forme de signaux inspirés de la nature qui nous est propre. Lorsque nous sommes entre nous, nous employons alors l’Atliduk. »

Je l’interrogeai alors sur sa religion. Il me répondit que, comme tous les gens de son peuple, il pratiquait le Culte de l’Ours, également appelé Bairakyn. Lors de certaines nuit à caractère sacré, les Beornides, que certains nomment Berjabar ou Bajaegaliar, se rassemblent pour évoquer les légendes relatives à leur peuple. Ces réunions se déroulent dans des endroits qui sont soigneusement tenus secrets : Barandorn n’a pas voulu m’en souffler mot. Ceux d’entre eux qui possèdent la faculté de se changer en ours exécutent des danses rituelles au cours de cérémonies religieuses sous les ordres du Worildanbair, qui est qui est le chef du clan Beornide. L’identité du Worildanbair est tenue secrète, mais je soupçonne qu’il s’agisse tout simplement de Barandorn !

D’après ce que j’ai pu comprendre des allusions éparses de Barandorn, tous les Beornides ne sont pas des Changeurs de Forme. Lorsqu’ils sont sous forme d’ours, les Beornides sont réellement très impressionnants et disposent alors d’une force colossale. Toutefois, le côté sauvage de prend le dessus sur le côté humain, et s’ils ont affaire à leurs ennemis jurés, comme les Orques ou les Wargs, ils perdent quasiment tout contrôle de leurs actes tant que leurs ennemis ne sont pas tous déchiquetés.

De plus, le changement de forme n’est pas toujours volontaire. Il peut se produire sous le coup d’une violente colère ou d’une intense douleur ; et le Changeur de Forme éprouve les pires difficultés à résister à ce changement involontaire.

En tout cas, de façon générale, il semble qu’il est préférable de se tenir à l’écart d’un Beornide sous forme d’ours, bien que notre rencontre dans la forêt se soit bien déroulée de ce point de vue là.

Cependant, dans l’intervalle, nous avions reconduit tous les blessés à leur foyer. Barandorn me proposa alors de passer quelques jours dans son manoir, qui n’était pas très éloigné du village des forestiers.

J’acceptai cette proposition avec gratitude, car j’avais bien besoin de repos, n’ayant pas dormi dans un lit correct depuis ma visite chez Thranduil.

La première chose qui me frappa en arrivant dans son domaine fut la cruauté dont Barandorn pouvait faire preuve avec ses ennemis : sur des pieux plantés en terre étaient fichées les têtes d’une dizaine d’ennemis, Orques et Wargs.

Heureusement, les découvertes suivantes furent moins macabres. Je pus admirer des parterres fleuris bourdonnant d’énormes abeilles, des chevaux et des moutons paissant tranquillement dans un champ, qui relevèrent la tête et accoururent vers Barandorn à notre arrivée pour lui quémander des caresses, caresses que Barandorn m’encouragea à leur distribuer aussi pour m’en faire des amis.

Enfin, nous arrivâmes au manoir proprement dit, une belle bâtisse en forme de L entourée d’une haie de sapins.

Je passai environ une semaine chez le Beornide. Ce fut un séjour sans histoire, mais j’appris encore quelques petites choses sur Barandorn et son peuple, et notamment en ce qui concerne l’histoire de ce clan à part.

Il a des origines communes avec les Hommes de Rhovanion. Toutefois, les Beornides font partie de ces humains qui n’allèrent jamais jusqu’en Beleriand au cours des grandes migrations du Premier Age des Terres du Milieu. J’ai d’ailleurs pu remarquer que l’Atliduk semblait être une langue dérivée de l’ancienne langue parlée en Eriador.

Mais au bout du compte, le moment vint de se séparer. Il me fit promettre de passer le revoir si j’en avais l’occasion. Je l’invitai à venir à Dale, mais il refusa, disant que ça faisait trop loin de chez lui. Après une bonne accolade et une (solide !) poignée de main, je pris le chemin du retour.

A présent, je suis de retour à Dale après un voyage sans encombres, et, alors que je couche ce récit par écrit, je sens que j’ai vécu l’événement le plus marquant de ma vie depuis la mort du roi Elessar lorsque j’avais douze ans.

Yavannië 19, 4° Age 137


La zone où vivent les Beornides